Grain de joie : Espérer

Ce matin, une petite araignée a tissé sa toile dans un coin extérieur de la fenêtre de notre salle à manger. Je ne sais pas qui est l’auteur du dicton : « Araignée du matin, chagrin. Araignée du soir, espoir », mais il ne devait pas être très rigolo. Moi, j’y ai vu de la beauté ET de l’espoir, ce dont j’avais rudement besoin.

Hier, j’ai passé la journée en clinique pour y recevoir mon traitement annuel contre l’ostéoporose. Après le rituel de la prise de sang et de l’inévitable visite au spécialiste, j’ai pris la direction de « l’Unité 42 ».

L’unité 42, c’est celle où on est hospitalisé pour maximum un jour, « en ambulatoire », soit dans un lit soit, ce que je préfère, dans un fauteuil relax hyper confortable, pour y recevoir un traitement de chimiothérapie quel qu’il soit. Les effets de celui que je reçois ne sont pas anodins, même s’ils sont gérables : Fièvre, douleurs articulaires dignes d’une bonne grippe et parfois, plus graves, acidification de l’organisme, nécrose de la mâchoire, risque de fracture spontanée du fémur…J’ai décidé de les accepter, même si cela signifie notamment que je ne suis plus capable de croquer dans une pomme. Car les effets bénéfiques à long terme me paraissent intéressants : Moins de fractures, moins de douleurs…

Donc, chaque année, je me retrouve, l’espace d’un après-midi, dans le service où les patients atteint d’un cancer reçoivent leur chimiothérapie.

Au fil du temps, j’ai appris à les reconnaître, même s’ils ne sont jamais les mêmes : Il y a ceux qui râlent, trouvent que l’infirmière pique mal, est en retard, que la perfusion ne coule pas, ceux qui désespèrent et se plaignent d’être à la fin de leur vie, ceux qui acceptent sereinement et planifient déjà ce qu’ils feront les jours prochains (je les repère au fait qu’ils passent leur chimiothérapie au  téléphone, ou tapent frénétiquement sur leur tablette et sont joviaux avec le personnel soignant). Il y a ceux qui se résignent et dans ce dernier cas, je les regarde tristement s’abandonner dans leur fauteuil, les yeux fermés sur le monde qui les entoure. En fait, il y a souvent toutes les étapes du deuil décrites par le docteur Elizabeth Kübler-Ross réunies dans une seule chambre.

Hier, l’attention de la chambrée et du personnel soignant était centrée sur un vieux monsieur qui en était, d’après ce que j’ai perçu, à l’étape du déni. Soigné pour un cancer de la prostate, il s’inquiétait de sa bronchite, pourtant guérie, et d’une douleur au genou. Sa femme, douce et attentionnée, toute en rondeur, s’activait autour de lui pour retaper ses oreillers, les médecins, tous très rassurants, se succédaient à son chevet sans réussir à lui arracher un sourire. J’entendais dans sa voix l’enfant qu’il avait été un jour, cherchant désespérément à être cajolé et rassuré.

Pour ma part, au bout d’une heure, après un bon rinçage de ma veine pour enlever tout dépôt chimique, je me suis redressée du siège comme une arthritique centenaire, ou presque, pour rentrer chez moi et dormir.

Depuis longtemps, j’ai appris à ne jamais dire « au revoir » ou « bonne chance » quand je quitte la chambrée. Je sais que la vie est fragile et qu’il faut lui rendre hommage, ce que j’essaie de faire dans ce texte maladroit. Je mesure bien la chance immense qui m’est donnée d’encore espérer être là l’an prochain pour bénéficier, peut-être, d’une nouvelle molécule plus performante qui non seulement ralentirait les cellules osseuses qui dégradent l’os (les ostéoclastes), ce que fait mon traitement actuel, mais favoriserait les cellules appelées « ostéoblastes » qui, elles, sont chargées d’élaborer la matrice protéique osseuse qui se minéralisera ensuite en quelques jours en utilisant du phosphate de calcium. La recherche de cette nouvelle molécule-miracle est « dans l’air », comme me le répète chaque année le spécialiste, mais je sais que la recherche manque de financement parce que cela ne concerne qu’une toute petite partie de la population et donc ce n’est pas un domaine très rentable.

Même si ce n’est pas pour moi, cela sera sûrement un jour pour mes pairs. J’espère… Pendant ce temps, la petite araignée suspendue entre ciel et terre tisse sa toile au soleil avec patience.

 

 

 

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. christineh53 dit :

    J’aime qu’entre la légèreté du début et de la fin avec cette « jolie » petite araignée,tu aies explicité, de manière scientifiquement précise , et humainement sérieuse, le traitement lourd que tu subis chaque année. Tu ne choisis d’exclure ni la légèreté, ni la gravité: en cela , je te reconnais fidèle à ta vision de la vie…

    Aimé par 1 personne

    1. Merci mon amie, j’ai chaud au coeur en te lisant, je me sens reconnue et tellement bien entourée. Bisous tout doux.

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  2. Ghislaine dit :

    Très émue à vous lire.
    Je vous embrasse très chaleureusement.

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