Grain de joie : Cultiver la sincérité

Qui d’entre vous se souvient encore de cette publicité pour une mousse au chocolat où le petit garçon disait à son poisson rouge : « Tu pousses le bouchon un peu trop loin, Maurice » ? Eh bien, j’avoue qu’il m’arrive d’être le « Maurice » et d’essayer, tant que je peux, de conserver la bienveillance du poisson rouge. Mais parfois, un sentiment d’injustice enfle tellement en moi que j’éprouve le besoin de me décharger.

De quoi ? Des petites phrases qui m’ont, un jour, empoisonnée la journée, voire plus.

Vous ne comprenez rien à ce que je dis ? Voici quelques illustrations de phrases-poisons  que j’ai couché sur papier (quelle drôle d’idée, mais bon…) un jour de rage en 1996. Aucune n’est inventée. Le seul avantage que je leur reconnaisse est qu’elles m’ont permis de faire le tri dans mes relations.

  • « N’y touche pas : tu vas te blesser »
  •  « Laisse-moi faire : j’irai plus vite »
  • « Oui, mais toi, tu as un avantage aux examens oraux, les profs n’oseraient jamais te péter. Au contraire, tu vois bien, tu as encore obtenu une très bonne note ! »
  • « Ne le prends pas mal, je t’aime mais je me sens incapable de me montrer avec une fille aussi petite que toi : j’aurai l’impression d’être un pédophile »
  • « Il faudrait élever un piédestal à celui qui aura le courage de te faire l’amour »
  •  « En tout cas, celui qui couchera avec toi, il devra être vachement amoureux » (Sur base du principe que l’amour rend aveugle ?) 
  • « Tout ce que je peux te souhaiter de mieux, ma chérie, c’est de rencontrer un garçon malvoyant ou amputé »
  • « Nous, handicapées, nous serons toujours des monstres aux yeux des hommes »
  • Suivi de « Allez, pense à autre chose ».
  •  « Prends plutôt cette robe, elle cache mieux ton corps »
  • « Pourquoi mets-tu des chaussures aussi voyantes ? Cela te plaît, qu’on te regarde comme ça ? »
  • « Mais enfin, pourquoi t’es triste, t’as tout pour être heureuse ! »
  • « Tu souffres tant. Pourquoi ne te fais-tu pas amputer et mettre des jambes artificielles à la place ?
  • « Quel courage ! » (À dire en appuyant sur « quel » et « rage » ?!)
  • « N’oublie pas que si on t’a engagée malgré ton handicap, c’est qu’on attend que tu montres de la reconnaissance en accomplissant un travail impeccable ! »
  • « Tu ne peux pas te limiter à être aussi bonne que les autres, tu dois être la meilleure. C’est pour ton bien, ce que je te dis »
  • « Changer la photocopieuse de place ? Pour quoi faire ? Si t’as besoin d’une photocopie, on te la fera »
  •  « Enlever le chariot des femmes de ménage des toilettes réservées aux handicapés ? Mais où veux-tu qu’on le mette, alors ? »
  • Et puis, dans un autre de mes journaux intimes, de 2003 :
  • « D’accord, Madame, ces deux marches vous empêchent d’accéder à notre magasin, mais pourquoi voulez-vous les faire enlever alors qu’il vous suffit d’appeler et on vous donne un coup de main ?»
  •  « On devrait tous connaître une personne handicapée comme toi : çaaide à relativiser nos problèmes »
  •  « N’oublie jamais que derrière ton handicap se cache un être humain comme les autres » (celle-là je l’adore, merci de me l’avoir fait remarquer !)
  •  « Adopter un enfant ? Mais tu n’y penses pas ! Tu ne crois pas que t’as déjà suffisamment d’ennuis comme ça ? »
  • « Madame, nous ne pouvons vous accepter dans une filière normale. Mais il existe une filière d’adoption d’enfants handicapés africains où l’on accepte les candidatures comme la vôtre ».

Heureusement, toutes ces phrases sont du passé et je ne me blesse plus aussi facilement des remarques maladroites ayant trait à mon handicap.

Mais des phrases malheureuses, on en dit tous, et ces derniers temps, j’ai réagi à deux phrases très anodines :

  • « Désolé(e), je n’ai pas le temps », dont j’ai parlé dans une précédente chronique, en suggérant de dire plutôt : Je choisis d’autres priorités
  • « Je n’ai pas de conseils à te donner, mais… »  Suivi de : « Je dis ça, je dis rien » ou « c’est pour ton bien » … » qui me conduit à me demander :  De quoi avez-vous peur ?

Alors, je suis loin, très loin d’être parfaite. J’ai notamment l’art de mettre les pieds dans le plat, mais j’essaie de cultiver la sincérité dans ma communication et d’appliquer les trois passoires de Socrate. J’essaie…

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. L'inconnue dit :

    C’est vrai que question psychologique, les gens ne sont pas très doués.

    MERCI pour tes articles qui me permettent d’en apprendre beaucoup.

    Moi même, je reconnais que j’aimerai être plus naturelle en présence d’une personne handicapée. Seulement, j’ai toujours peur d’être mal vue.

    C’est comme si ton monde est différent du mien et que je ne sais pas comment y entrer 🤔.

    Alors MERCI pour ton blog.

    Douce soirée. Amitiés 😉

    Aimé par 2 personnes

    1. Coucou. Merci. Pour ton message et ton amitié. En te lisant à travers ton blog, je trouve certaines ressemblances dans notre humanité. Cordialement. Sab’

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      1. L'inconnue dit :

        Belle journée 😘

        Aimé par 1 personne

  2. amelimellow dit :

    Merci pour cet article qui me donne envie de faire une liste de ce type tellement on entend de conneries … Je me retrouve dans beaucoup des tiennes d’ailleurs. Heureusement qu’on sait prendre du recul mais j’ai bien peur qu’à force on finisse par se casser la binette 😉
    Belle journée 🙂

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