Grain de joie : Sourire

C’est bientôt la rentrée scolaire. Même s’il fait plus froid, le soleil pointe dehors le bout de son nez et moi le mien aussi, du coup.
En me promenant, je constate que des mendiants, qui avaient déserté nos rues cet été, reviennent « en famille » dans notre petite ville. Je dis « en famille » parce que je parle d’un couple âgé et de leurs proches, tous adultes. Les mêmes que l’année dernière. Et que l’année d’avant.

Leur stratégie est bien rodée : La dame âgée s’assied à côté de l’entrée d’une banque, son mari vingt mètres plus loin, à l’entrée de l’autre banque et celui que j’appelle « leur fils » – et sa guitare- dans le passage couvert allant du centre commercial au centre-ville. Les autres « frères » et « cousins », eux, choisissent l’entrée d’un petit supermarché ou d’un magasin de l’artère commerciale principale, selon les rondes de police. Pendant l’année scolaire, ils sont là quasiment tous les jours, surtout les jours de marché.

Ils ne font pas de bruit (sauf la guitare, mais ce n’est pas du bruit, la musique), ne m’accostent pas, ne sont pas agressifs. Bref, ils ne me dérangent pas, contrairement à certains autres qui m’abordent parfois trop vivement par un « Allez, quoi… Donne-moi une petite pièce, j’ai soif ».

Pourtant, bizarrement, je ne leur donne rien, aux membres de la « famille » en question. Juste parce que quelqu’un m’a un jour dit  qu’ils avaient été se vanter, dans un café du centre-ville, du nombre d’euros que leur journée de « travail » leur avait rapporté, un montant à trois chiffres qui m’avait stupéfié. Je ne sais pas où est la vérité… Et je n’ai pas à juger. Mais j’avoue que je ne leur donne rien. Sauf, bien sûr, mon bonjour et un sourire. Toujours. Et, plus rarement, un sandwich ou une boisson.

Aujourd’hui, justement, tandis que j’essayais de me dissimuler dans une encoignure pour la prendre en photo (mais avec mon fauteuil, je suis aussi discrète qu’un éléphant dans un couloir étroit), la vieille dame m’a souri. J’ai souri en retour. Et nous nous sommes toutes les deux saluées d’un signe de la main. Et j’imagine que, comme moi, elle s’est sentie plus riche de cet échange.