Grain de joie : Faire sauter les préjugés sur le handicap

Ou de l’invalide à l’homme augmenté…

En ce moment se déroule au Bozar de Bruxelles une petite mais magnifique exposition intitulée « The Art of Difference ». Je l’ai visitée la semaine dernière et j’en suis sortie éblouie et pensive, mais majoritairement optimiste pour l’avenir des personnes « handicapées ». Un jour, on ne parlera plus d’invalide, ni de handicapés, mais d’homme augmenté parce qu’en combinant neuroscience et technologie, sport et art, notamment, les mentalités changent. Lentement, mais sûrement…

Il n’y a qu’à regarder les prothèses artistiques (1) ou en forme de lames de l’athlète sud-africain Oscar Pistorius, les thérapies géniques visant à « réparer » les déficiences, ou les exosquelettes commandés par la pensée, …  pour se dire que « l’homme augmenté« … est en marche (ah, ah, excusez mon humour potache !). Par exemple, nous sommes à deux doigts de concrétiser la première partie du film « Avatar » (2).

Que ce soit dans le domaine du handicap moteur, sensoriel ou mental, l’exposition « The Art of Différence » présente un bel échantillon de formes artistiques et d’inventions technologiques qui feront notre quotidien de demain…

Ou pas. Car, précipitées par l’arrivée de « l’homme augmenté » et du mouvement «transhumaniste » (3), de graves questions éthiques se posent : Jusqu’où ? Pour qui ? A quel prix ?

Dans son livre « Homo Deus » qui fait suite au best-seller « Homo Sapiens », Yuval Noah Harari nous prédit que ces nouvelles technologies risquent d’accroître les inégalités socio-économiques et va jusqu’à postuler qu’un être humain, même augmenté, sera, à terme, marginalisé par rapport à la création de nouvelles formes d’intelligences artificielles.

Bref, finalement, cette expo -que je vous recommande vivement- me laisse songeuse…  Même si je ne peux m’empêcher de baver devant ce fauteuil roulant moulé sur mesure grâce une imprimante 3D !
(1) « The alternative limb project ».
(2) Avatar » : film de science-fiction américano-britannique réalisé par James Cameron, sorti en 2009.
(3) Transhumanisme : courant de pensées né dans les années ’60 , redéfini dans les années ’90 et qui postule, en gros, qu’en vivant plus longtemps et en étant en meilleure santé et plus intelligents, nous serons plus heureux.

 

5 commentaires

  1. Merci pour cet article très intéressant, dommage que je n’habite pas à Bruxelles, j’aurais aimé aller voir cette exposition.
    Il y a cependant un point de votre article qui me fait réfléchir, vous dites  » Je pense qu’en combinant neuroscience et technologie, sport et art, notamment, les mentalités changent. Lentement, mais sûrement… »
    1/ cela fait longtemps déjà que des inventions améliorent le quotidien des personnes handi puis entrent dans la vie quotidienne de tous (les téléphones qui parlent et écoutent utiles aux aveugles, la dictée vocale sur les ordinateurs qui permet aux personnes ayant un problème moteur d’écrire à l’ordinateur,…)
    2/ nombreuses des inventions actuelles visent à rendre un homme handicapé valide (l’exosquelette permettant à une personne paralysée au niveau des jambes de se mettre debout et marcher par exemple) est-ce que vraiment cela signifie que les mentalités changent ? J’ai plutôt l’impression que l’homme valide se conforte dans l’idée d’effacer le handicap, que seule la norme valide compte. Ce n’est pas pour moi un signe d’évolution des mentalités. (L’évolution serait d’accepter et d’inclure les personnes handicapées en acceptant leurs différences et leur permettant de vivre avec sans les effacer. Je n’ai pas l’impression que ce soit la tendance majoritaire en ce moment).
    Pour finir vous dites également qu’on reste bloqué sur le terme de « personne handicapée », bloqués cela signifie donc que c’est négatif d’utiliser ce terme ? (ça me semble contradictoire avec ce que vous dites ensuite…)
    (Désolée pour le pavé…)

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    1. Bonjour Crevette de Mars,

      D’abord, je vous remercie beaucoup pour votre commentaire que je trouve très pertinent et qui donne du grain à moudre à mes petits neurones (et j’adore ça !).
      Vous avez entièrement raison : ma formulation est malheureuse et ne reflète pas ce que je voulais dire car je suis de votre avis sur le premier point que vous évoquez (la technologie au service des personnes « handicapées » aide finalement le commun des mortels).
      Par contre, même si c’est vrai que notre société a tendance à « se conforter dans l’idée d’effacer le handicap », je trouve que les mentalités évoluent et que le handicap est mieux accepté de nos jours qu’il y a cent ans : Aujourd’hui, on ose sortir de nos maisons, plus besoin de se cacher et on ose revendiquer nos droits en tant qu’êtres humains. Le progrès est faible et lent, mais il existe.
      Enfin, vous me demandez si je vois le terme handicap comme un terme négatif. Ma réponse est oui, dans le sens où « handicapé » est devenu un terme péjoratif parce qu’il suppose une faiblesse ou une infériorité. Or, donnez-moi un milieu de vie accessible et des technologies qui me permettent de compenser ma « différence » et je ne serai plus handicapé au sens où la société l’entend.
      Je reconnais – voire je revendique – que je suis différente, mais nous le sommes tous, peu ou prou et pour moi la différence est une richesse et une force, non une faiblesse. C’est pour cela que j’admire les organisateurs de l’exposition de Bruxelles qui ont eu l’intelligence de l’intituler « The art of difference » alors que d’autres auraient peut-être parlé du « handicap face à la technologie et à l’art ».

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      1. Je suis d’accord avec vous sur tous les points 🙂 (à la différence – ahah – que même si le terme de « handicapé » a pu devenir péjoratif dans la société, je n’ai pas de mal à l’utiliser pour me qualifier. Justement parce qu’en changeant de terme j’aurais l’impression de tomber dans le politiquement correct).

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  2. alain100859 dit :

    Hello,
    Je te remercie pour ton article. Je reste songeur sur la question de l’homme « augmenté ».
    De mon côté, je suis bien plus ambitieux, je veux devenir un homme.
    Je crois que le but de ma vie sur terre est d’apprendre à vivre ensemble avec bienveillance.
    Je vois donc ma vie comme un temps d’apprentissage. Temps nécessaire pour passer de chrysalide a papillon.
    Mon travail de transformation est intérieur. Mon but n’est certainement pas de devenir un « surhomme ».
    Je suis résolument pour le vivre ensemble qui pousse des générations de médecins à se surpasser et à soigner les malades, je suis pour les progrès qui éviteraient les maladies génétiques, mais vouloir transgresser notre condition par des surcapacités, pour un jour ambitionner de vaincre la mort ne nous condamnerait-il pas à rester chrysalide?
    Je crois que c’est une transformation spirituelle dont l’homme a besoin et non d’une transformation matérielle…..
    Belle soirée.
    Alain

    Aimé par 2 personnes

    1. Merci beaucoup Alain d’avoir, via ton commentaire, pris le temps de donner ton point de vue que je trouve très intéressant car il élargit le débat. Bisous 😘

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